Il a marché 1800 km avec son épouse Jacques Gauthier « Comment j’ai vaincu le mal qui me paralysait »

par Lucie Charest
Dernière Heure, le 13 décembre 1997.

images

Il y a quelques années, Jacques Gauthier semblait condamné à finir ses jours en chaise roulante. Avec sa femme, il vient pourtant de traverser le Québec à la marche. Portrait d’un homme dont la santé s’améliore avec l’âge.

Âgé de 58 ans, Jacques Gauthier vient de parcourir le Québec à pied en compagnie de son épouse, Dorothée. Un exploit d’autant plus remarquable qu’il y a une vingtaine d’années M. Gauthier était plutôt mal en point.

Après avoir rencontré des spécialistes, qui se révélaient impuissants à le traiter, il a entrepris une thérapie par les étirements. Cette approche a eu des effets à ce point spectaculaires qu’il a décidé d’entreprendre une marche de la santé. Nombre de Québécois ont ainsi pu rencontre M. Gauthier et son épouse au cours de l’été. Dernière Heure était à St-Bruno-de-Guigues, au Témiscamingue, où le couple a bouclé son périple.

Monsieur Gauthier, de quelle maladie avez-vous souffert?
Tout a commencé par une vasculite. On ne connaissait aucun remède contre cette maladie. Je devais prendre de la cortisone pour retarder le développement. Dix ans plus tard, les effets secondaires de la cortisone m’avaient fait perdre 20% de ma masse osseuse. À court terme, si j’avais interrompu le traitement à la cortisone, je me serais retrouvé paralysé. On m’a prescrit un second médicament pour contrer les effets néfastes de la cortisone. Comme tous les médicaments ont des effets secondaires, je me suis demandé si je ne devrais pas bientôt en prendre un troisième pour éliminer les effets du deuxième, et ainsi de suite. Je me suis dit que, quelques années plus tard, il ne me resterait plus que 50% de ma masse osseuse et que je serais un peu comme une poche dans un coin qui regarde passer la circulation.

Quelle a été votre réaction?
J’ai pensé que, si je devais demeurer paralysé, je préfèrerais que ce soit à cause de la maladie plutôt que des médicaments. J’ai donc cessé d’en prendre. Mais le sevrage de la cortisone a entraîné un troisième problème : l’arthrite. Je me suis retrouvé complètement paralysé. Il n’y avait plus que le pouce et l’index de ma main droite qui fonctionnaient. Je ne pouvais pratiquement plus marcher. J’ai passé six mois cloué au lit.

Avez-vous regretté votre choix?
Jamais! Je m’étais dit que, si le bon Dieu voulait que je sois complètement paralysé, je l’accepterais. Mais s’il souhaitait que je m’en sorte, il me montrerait comment aider les personnes désespérées. J’ai alors entendu parler d’un homme qui traitait les arthritiques au moyen d’étirements. Comme la médecine traditionnelle n’était pas arrivée à me guérir, je suis allé voir ce qu’il pouvait m’offrir.
Dorothée : Quand il est parti chez ce monsieur, c’est moi qui l’ai aidé à s’installer dans la voiture. Quand il est revenu, trois semaines plus tard, il m’a levée au bout de ses bras.

Jacques, c’est à la suite de votre guérison que vous avez décidé d’entreprendre une « marche de la santé »?
C’est ça. J’ai fait de deux à quatre heures d’étirements par jour pendant sept mois. Depuis huit ans, en faisant ces exercices pendant quinze à vingt minutes par jour, je n’ai plus jamais été malade. J’ai voulu entreprendre cette marche pour montrer aux gens que c’était possible, même à 60 ans, d’être en santé.

Vous dites que vous faites des étirements depuis huit ans. Vous n’avez pas pensé immédiatement à la marche?
Le projet a germé pendant plusieurs années. Au départ, je voulais traverser le Canada. Un spécialiste ne marketing devait m’aider à trouver les fonds nécessaires, mais il n’a pas pu terminer son travail. Alors, au printemps, j’ai décidé de me lancer sans aide et nous avons traversé le Québec.

Dorothée, avez-vous adhéré immédiatement au projet?
Pas au début, mais un matin, alors que j’étais en Estrie, je prenais le café avec la propriétaire d’un restaurant et je lui disais que j’avais le goût de partir avec mon baluchon, sans destination précise. J’avais besoin d’air… le lendemain, Jacques m’a appelée pour me dire qu’il partait au mois de mai. Ça tombait à point.

Vous êtes partis de Gaspé le 1er juillet. Maintenant que votre marche de 1800 km est terminée pouvez vous dire ce qu’elle a changé dans votre vie?
Jacques : à court terme, nous nous demandions si ça valait la peine. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à St-Bruno-de-Guigues, mon village natal. Des centaines de gens sont venus nous dire que notre exemple les encourageait à faire de l’exercice. Même s’il n’y avait eu qu’une seule personne pour nous dire ça, nous aurions atteint notre objectif. Ce que ça change dans ma vie, c’est que j’ai hâte de recommencer à marcher. L’an prochain, nous devons partir de Halifax et traverser le Canada.
Dorothée : Les gens nous attendaient dans les villages et les villes que nous traversions. Certains nous regardaient les larmes aux yeux. D’autres nous donnaient des médailles ou des images de la sainte Vierge. Ils nous offraient de nous payer un café, un repas. Cet accueil que nous avons reçu partout nous a donné beaucoup d’énergie.

Marcher de 30 à 40 km par jour n’a pas dû être toujours facile, non?
Dorothée : On n’a jamais eu mal aux jambes parce qu’on a fait beaucoup d’étirements. Mais on a eu des ampoules pendant les trois premières semaines. Il a fallu arrêter dans un C.L.S.C. pour apprendre à faire des pansements. Heureusement, les ampoules, ça fini par guérir. Mais moi, j’ai des oignons. Après trois semaines, c’était comme si je recevais un coup de couteau à chaque pas. À un moment donné, je crois que c’était dans les environs de Rivière-du-Loup, je me suis appuyée contre un arbre, j’ai enlevé mes souliers et j’ai dit : « je ne marche plus!  » Jacques m’a fait des massages aux pieds pendant deux jours, et tout est rentré dans l’ordre.

Aviez-vous de bonnes chaussures de marche?
Jacques : Nous sommes partis avec trois ou quatre paires de chaussures chacun, et nous alternions. Nous avions des chaussures de $300, d’autres de $25. Mais l’important, c’est qu’une chaussure soit souple et légère. Durant les deux premières heures de marche, on peut porter n’importe quoi. Après, on ressent les moindres imperfections de la chaussure et de notre pied.
Dorothée : Il m’est arrivé d’arrêter pour retourner mes bas parce que les coutures me dérangeaient. Vous avez eu droit à du beau temps pendant votre périple. On a eu de la chance, c’est vrai, sauf à proximité de Hull et en traversant le parc La Vérendrye, où on y a goûté. Ce qui a été le plus dur, ce sont les camions lourds. Même en faisant attention, ils nous éclaboussent toujours un peu. Et quand on marche contre le vent, chaque fois qu’on en croise un, ça nous fait reculer de deux pas.

Vous avez traversé le Québec. Avez-vous trouvé des endroits plus agréables que d’autres pour marcher?
Le Québec est beau d’un bout à l’autre!
Jacques : En Gaspésie, ce qui nous a plu, c’est de longer continuellement le fleuve; dans une même journée, on voyait toutes les phases de la marée. Dans d’autres coins, on a traversé des villages qui étaient à ce point charmants qu’on aurait aimé y vivre. C’était magnifique. Et puis, on disposait d’une bande asphaltée de huit pieds de large pour marcher, et on ne passait pas plus de 10 à 15 minutes sans apercevoir un cours d’eau. Par contre, ce que j’ai trouvé déplorable à de nombreux endroits, c’est que les côtés de la route ressemblaient à une immense poubelle. On y voyait des bouteilles de verre, de plastique et même des couches de bébé.

À quoi pensiez-vous en marchant?
Il m’arrivait rarement de penser au passé, au futur. Quand on est bien, quand on jouit d’une belle température on ne fait que contempler la beauté du paysage.
Dorothée : J’admirais aussi le paysage, mais j’ai également beaucoup pensé à des choses que j’avais oubliées : aux premières années de notre mariage, à des amis que je n’avais pas vus depuis longtemps. Et puis, cette marche m’a beaucoup appris sur ma relation avec Jacques, même si nous sommes mariés depuis 36 ans, et je me suis rendu compte à quel point j’aimais mon mari.

St bruno de guiges 2

Après l’arrivée de M. Gauthier et de son épouse, le maire de St-Bruno-de-Guigues, Gérard Pétrain, leur a demandé de signer le livre d’honneur de la municipalité.

ST bruno de guiges 3

Parcourir 1800 km (1100 mi) à pied, ça use les souliers. « Il m’est arrivé d’arrêter pour retourner mes bas parce que les coutures me dérangeaient » affirme Mme Gauthier.